An 511 - La Bataille de Bedegraine
Oyez, oyez, braves gens le récit des Chevaliers Dorés, qui subirent mille tourments lors de la bataille de Bedegraine. Écoutez le souvenir du Roi Arthur, qui pleure encore son épée Clarente, brisée durant l’affrontement.
L’hiver touchait à sa fin dans la cité de Carlion. Tandis que le temps se radoucissait, les chevaliers reprenaient les plaisirs du grand air et la chasse. La renommée d’Arthur s’était tant accrue après ses victoires que ses rangs passèrent de quatre cents à quinze cents hommes. Alors que les autres seigneurs regagnaient leurs terres, le Roi logeait à la Cathédrale, refusant de s’imposer un confort que ses soldats n’avaient pas. Cependant, le lieu appartenant à l’Archevêque, il fit de l’auberge de Carlion le siège de son gouvernement et s’y installa à une Table Ronde pour tenir conseil.
Au début du printemps, Arthur fit mander ses quatre fidèles compagnons, secondé du sage Merlin. Informé que le Roi Loth rassemblait ses forces au Nord, Arthur décida d’aller à sa rencontre sous vingt jours. Hélas, ses légions manquaient encore de bras. Il chargea donc les quatre compagnons d’aller quérir trois seigneurs pour les rallier à sa cause. Pour se faire, des présents magnifiques leur furent confiés : une coupe incrustée de rubis pour le Roi Nym de Galvois, à Château-Sel, une bible pour le Roi Léodagan, à Caroaise, une bride d’exception pour le Sanam, à Lancester.
Son message était solennel : « Le Roi Arthur va affronter le Roi Loth. Il attend votre aide avec grand besoin. » À leur départ, Merlin leur fit conseil de suivre toutes quêtes qui se présenteraient en chemin.
Sous une pluie battante commença leur périple. Un soir, le fils de Braxton, cherchant quelque gibier, sauva un corbeau de belle taille des griffes d’un renard. Bien que l’oiseau le blessât en retour, Braxton y vit un signe du destin et décida de soigner le volatile.
Au troisième jour, ils atteignirent Château-Sel. Contraints de laisser leurs armes et leurs montures aux écuries, ils se présentèrent devant le Roi Nym. Ce dernier feignit de reconnaître l’autorité d’Arthur, mais ses paroles sonnaient faux. Lorsque Dame Marianne laissa échapper que d’autres seigneurs devaient être visités, Nym dévoila sa noirceur et ordonna la confiscation des autres présents. Outrés, les chevaliers voulurent combattre, mais cent hommes en armes les menacèrent. Théodran jeta alors son gant pour défier le déloyal, mais l’abject Nym ne daigna pas répondre ou lui envoyer de champion. Les compagnons durent fuir, récupérant par chance seule leurs chevaux et leurs armes.
Cheminant vers Caroaise, dame Angarad perçut au loin un immense chevalier gris, monté sur une monture colossale. La vision disparut, mais ils en trouvèrent les traces imposantes dans une clairière. À leur arrivée à la motte castrale de Caroaise, ils furent accueillis par Sir Hifydd. En attendant Léodagan, les chevaliers prirent repos et chacun eu l’occasion de croiser une dame d’une beauté souveraine, aux lèvres rouges et à la chevelure d’ébène. Sir Braxton apprit qu’il s’agissait de Guenièvre, la fille du seigneur Léodagan.
En banquet, les compagnons contèrent leurs aventures à Sir Hifydd qui leur confia son inquiétude : le Chevalier Gris lui rappelait la légende du Chevalier des Cendres, signe de funeste destin. Après le repas, la princesse interrogea les preux sur Arthur, car son père projetait de l’unir à lui. Les chevaliers louèrent tant les qualités de leur jeune Roi qu’ils apaisèrent les craintes de la jeune Dame. Le lendemain, lors de la fête d’Epona, Théodran s’illustra en gagnant son épreuve et Marianne et Angarad reçurent une bénédiction divine pour l’amour qu’elles portaient à leurs chevaux et le soin qu’elles prenaient d’eux.
Léodagan arriva enfin et promit son soutien immédiat à Arthur. Il remit aux chevaliers un portrait de Guenièvre pour celui-ci et les compagnons lui promirent de décrire la belle par le verbe afin de lui mieux rendre justice. Sur la route de Lancester, le grand corbeau revint à Braxton. Mais sa joie fut brève car le Chevalier des Cendres surgit et leur barra la route. Décidant de le suivre, le groupe fut mené vers une grotte baignée d’une lumière irréelle. Ils burent l’eau d’une vasque et plongèrent dans un songe prophétique montrant un chevalier blond en quête d’une dame, un Arthur vieillissant et désabusé devant sa Table Roude, et enfin un homme à la chevelure de jais triomphant sur un trône et remerciant son père de l’avoir conduit là. À leur réveil, ils découvrirent le squelette d’un géant portant une armure grise. Par leurs écuyers, ils apprirent qu’ils étaient restés disparus un jour entier.
Arrivés à Lancester, ils découvrirent que le Comte Sanam était absent, mais qu’il préparait ses troupes pour la guerre. Inquiets et sentant une nouvelle fourberie, ils partirent sans tarder prévenir le Roi qui les reçut dès leur arrivée. Celui-ci fut troublé par le récit de la trahison de Nym, mais ému par la description de Guenièvre. Merlin, quant à lui, expliqua que les visions allaient par paire et qu’une seconde leur apparaîtrait bientôt.
L’armée d’Arthur, forte de trois mille hommes, se mit en marche contre les six mille soldats de Loth. Comme craint, Sanam se tenait aux côtés de l’ennemi. Sous un ciel qui s’assombrit soudain, la bataille commença. Les chevaliers, qui faisaient partie de l’équipée du Roi, affrontèrent tout d’abord des piquiers pictes et puis des cavaliers corniques. Braxton vainquit le frère de Nym et s’empara de son armure. Voyant la bataille incertaine, Arthur chargea le groupe du Comte Sanam. Théodran transperça le traître de sa lance. Mais dans la fureur du combat, l’épée Clarente fut brisée sur un bouclier et Arthur chuta, grièvement blessé. La pointe de l’épée, volant dans l’air, vint se ficher dans le crâne d’un adversaire, servant son maître jusqu’au dernier éclat. Théodran acheva le combat en défiant le dernier garde en combat singulier. Accablé d’avoir laissé son Roi être blessé et d’avoir fini son duel après le son du cor, il réclama une juste punition, mais Arthur, lui, leur accorda à tous sa gratitude.
Au second jour, l’ennemi était toujours plus nombreux. Les pertes furent lourdes : Théodran tomba et Braxton fut laissé pour mort sur le champ de bataille. Arthur Fit quérir Merlin et le supplia d’agir. L’Enchanteur utilisa alors sa magie pour le ramener le saxon téméraire à la vie. C’est alors que les armées de Léodagan et de Hifydd surgirent des collines, mettant l’ennemi en déroute. Arthur, bien que faible, insista pour retourner au combat ou il fit preuve d’autant de bravoure que de folie. Il fut sauvé de justesse par Dame Marianne et Dame Angarad. Après la victoire et deux jours de repos, Merlin disparut. Le Roi Arthur annonça alors son grand dessein : établir son siège à Camelot, offrir des terres à ses quatre compagnons et fonder un nouvel ordre de chevalerie dont ils seraient les premiers piliers avec Léodagan.